Posture et imposture de Michel Houellebecq ou le paradoxe du tricheur

Sylvie Ducas

Résumé


À travers toutes les controverses autour desquelles s’est construite, de manière très clivée, sa figure d’écrivain à succès, figure vénérée comme une icône ou détestée comme une imposture, Michel Houellebecq incarne une stratégie auctoriale très singulière, qui se joue des crises de notre temps et grossit le trait de toutes ses dérives menteuses, en faisant notamment entrer en friction de façon tout à fait inédite ses récits et la gestion de son image publique. Il pousse à son paroxysme, en jouant avec toute la force de son charisme incivil, les simulacres médiatico-publicitaires de notre société du spectacle et en en tirant profit. Et il est sans doute le seul écrivain actuel à construire dans un même mouvement sa figure auctoriale et ses récits sur une poétique de l’indécidable dans et hors le livre, propice à toutes les incertitudes interprétatives.

C’est ce lien  sans cesse cultivé entre une fiction menteuse et une figure auctoriale tricheuse que l’on se propose d’étudier. Janus bifrons poreux au désenchantement du monde ou jouant les Cassandre de pacotille de son devenir funeste, Houellebecq berne le lecteur en lui faisant croire qu’il lit, dans sa prose vidée de toute foi tout comme dans sa provocation idéologique, le vide métaphysique de notre temps, alors que l’auteur déconstruit, dans des romans pseudo-sociologiques, la littérature elle-même et en manifeste sa haine. Une définition possible, en somme, de la mauvaise foi d’un écrivain tricheur puisque tout le monde triche, y compris le lecteur.


Mots-clés


posture ; triche ; ambivalence ; auctorialité ; fiction ; réception

Texte intégral :

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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