Technique d’oubli et mémoires truquées : les faux-semblants du récit dans Okosténie de Nicole Caligaris

Alice Laumier

Résumé


Lorsque Nicole Caligaris écrit dans Le paradis entre les jambes (2013) : “La littérature ne restitue rien de la paix champêtre qui pourvoit au bien-être et au commerce des hommes. […] Elle ne peut se passer de fréquenter les interrègnes sans lumière […] [elle] ne peut pas se dispenser de la confrontation aux scandales supérieurs qui détruisent l’ordre civilisé”, il semble bien qu’elle s’écarte du discours contemporain sur les supposés effets médiateurs, réparateurs, voire thérapeutiques de la littérature.

Okosténie, publié en 2008, confirme cet attachement aux turbulences de l’expérience dont la forme narrative et la langue littéraire sont appelées à rendre compte sans retour à l’ordre. Le roman met en scène une situation de témoignage où un ancien prisonnier d’un régime de terreur raconte son expérience de captivité à un interlocuteur venu l’enregistrer. Ne faisant plus la part entre les faits et son imagination, ni entre sa propre mémoire et celle de son codétenu qu’il a, pour ainsi dire, incorporée, le narrateur ne peut livrer autre chose qu’un récit embrouillé, sans butée référentielle. Son interlocuteur, comme le lecteur, sont laissés radicalement démunis devant le flottement du sens. Cette déstructuration de la mémoire, de la subjectivité et du récit pourrait être lue comme la conséquence délétère de l’enfermement et de la torture subie par l’ancien captif lors des interrogatoires. Or, le roman n’appelle ni n’actualise la restauration de leur cohérence et de leur continuité. Au contraire, l’oubli, l’hétérogénéité et la confusion se présentent comme des modes de résistance à l’interrogatoire mais peut-être aussi au témoignage. En faisant du récit un objet profondément ambigu le roman semble alors se placer en dissidence par rapport aux axiologies dominantes qui configurent le rapport contemporain à la mémoire et au récit.


Mots-clés


Nicole Caligaris ; témoignage ; interrogatoire ; mémoire ; critique

Texte intégral :

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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