L’enfant comme voix de la terreur et de la beauté, ou la figure énonciative de la réconciliation dans “Petit Pays” et “En attendant Bojangles”

Marie-Odile Ogier-Fares

Résumé


La voix de l’enfant se fait entendre dans les récentes parutions romanesques, et notamment dans les romans appréciés des jurés de prix littéraires tels que Petit pays de Gaël Faye et En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut. Leur point commun ? Du Burundi et du Rwanda en guerre à un Paris contemporain à la vague coloration des années folles, c’est la voix de l’enfant qui prend en charge le récit. La posture énonciative de l’enfant est double, à la fois dans la tessiture de son regard et dans sa complexité chronologique qui fait qu’elle émerge d’un auteur adulte. Elle est souvenir d’une voix perdue, reconstruction littéraire, et en cela a partie liée avec la mélancolie telle qu’abordée par Starobinski. L’enfant est celui qui admire et jouit du spectacle infini du monde, et sait dénicher la beauté au coeur de l’horreur, mais il est également celui qui dit par son incompréhension l’absurdité du monde et sa cruauté. Sorte d’avatar moderne du Candide, du gentil sauvage ou de l’extaterrestre qui depuis Voltaire apportent sur le monde un regard neuf, il est donc l’héritier d’une longue lignée de figures littéraires du décalage. Mais il est aussi l’émergence d’une figure neuve en littérature, si l’on considère que l’enfant narrateur se développe au XIXe siècle, et accompagne après Rousseau et son Emile une autre conception de l’enfant. Il est celui qui n’a pas (encore) appris à taire ce qu’il pense et ce qu’il ressent. Les romans de notre corpus s’appuient sur le regard de l’enfant pour aborder des thèmes graves, ceux du génocide, et du traitement sociétal de la folie en occident. Il sauve la société qui, par ce regard survivant et malgré tout enchanté, garde espoir et s’allège d’une partie de sa culpabilité. Cet enfant-narrateur nous offre l’exemple de la résilience. Par-là il assure une fonction sociale dans le champ du littéraire.

Mots-clés


enfance; roman; énonciation; folie ; résilience

Texte intégral :

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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