Darrieussecq’s “Truismes” : a Feminist “Elle-iade de notre temps”

Margaret E. Gray

Résumé


Alors que certains critiques déplorent la naïveté, voire la « stupidité » de la narratrice, le seul titre du roman Truismes (1996) de Marie Darrieussecq nous invite à chercher plus loin.  Car ces “truismes” évoquent non seulement le mot anglais, «truisms» [vérités évidentes], mais aussi le mot français, “truie” : présage de la transformation porcine de la narratrice, dans l'un des nombreux échos ironisés de l'Iliade. Bien que son étymologie précise reste obscure, le mot «truie» serait dérivé du bas latin “porcus troianus”: porc de Troie, c’est-à-dire, porc farci, par allusion au contenu du cheval de Troie offert par les Grecs à cette ville. En effet, le plat prétendument préféré des anciens Romains, selon la narratrice, “vulve de truie farcie” (58), renforce – à travers la trace étymologique de “Troie” – l’image d’un contenu dissimulé et dangereux.  On se rappelle qu'après neuf ans de guerre, c’est le cadeau mortel du cheval de Troie qui a ouvert l’accès à la ville assiégée, permettant aux assaillants grecs de remporter la victoire. De même, la truie de Troie de Darrieussecq est farcie de contradictions et de paradoxes, évoquant aussi bien impasses et issues, défaites et victoires, roueries et révélations. Une fois la ruse de la naïveté déjouée, Truismes devient une “Elle-iade de notre temps” complexe et profonde : odyssée féministe d’un long retour chez soi, récit épique hautement ironisé d'une femme aux prises avec un patriarcat dystopique.


Mots-clés


Darrieussecq; Truismes; féministe; odyssée; critique

Texte intégral :

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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