Entretien
Patrick Cardon :
quarante ans de militantisme culturel LGBT
La recherche de document est une sexualité
comme une autre – même si très minoritaire.
 Je dis sexualité, parce que c’est un désir,
un plaisir, une obsession, une addiction.
Né en 1952, Patrick Cardon est l’une des figures fortes du militantisme homosexuel français – voir la notice qui lui est consacrée in D. Éribon (dir.), Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris, 2003, p. 99, Larousse. Il a fondé les éditions GayKitschCamp (Lille, puis Montpellier) qui rééditent des textes rares de la culture gay et lesbienne (plus de 80 titres à ce jour).
Renaud Chantraine prépare une thèse d’anthropologie à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales sur la patrimonialisation des minorités sexuelles et de genre en France, Allemagne et Pays-Bas. Il est également fondateur et président de l’association
Polychrome.
 
Renaud Chantraine
1En 1972, tu quittes Tourcoing pour débuter des études de droit et de Sciences Politiques à Aix-en-Provence. Tu as vingt ans et c’est là que débutent tes premières expériences militantes et culturelles, mais aussi l’affirmation de ton désir homosexuel. Pourrait-on commencer par revenir sur cette période ?
Patrick Cardon
2Lorsque je suis arrivé à Aix pour faire Science Po, je venais juste de lire Marcuse. C’était quatre ou cinq ans après Mai 68. J’étais un peu jeune à l’époque, mais toute cette pensée révolutionnaire était diffusée à l’Université. A l’entrée de la résidence universitaire des Gazelles, j’ai découvert un graffiti de phallus ailé, dessiné par des étudiants qui participaient du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire (FHAR)[1]. Ils se réunissaient une fois par semaine et je suis allé voir. Là, je rencontre des gens, on couche, on distribue le Fléau Social[2] mais on ne théorise pas tellement, on avait surtout envie de s’amuser.
3Je suis parti à Aix d’une manière très romantique (“amour libre”), avec ma voisine, une fille de 21 ans. À Tourcoing, l’homosexualité était inconnue. Un peu plus tard, j’ai remis ça avec une belle fille d’immigrés italiens, pour raisons culturelles : personne ne s’intéressait au cinéma, elle si, nous nous sommes donc aimés et avons créé L’Éventail. Je préfère la culture à la sexualité, même si mon désir homosexuel et la manière dont on le recevait m’ont fait dire qu’il fallait que, pour me sentir bien, j’aie mes repères à moi. Et donc que j’aille les chercher : c’est la recherche identitaire.
4R.C. Avant de parler de l’Éventail, le premier centre culturel camp que tu fondes en 1980, peut-on revenir sur ce qui t’occupe après la dissolution du FHAR d’Aix en 1976 ? Tu participes à la revue Sexpol (1975-1980), à la fondation du Groupe de libération homosexuelle d’Aix et tu présentes en 1977 une première candidature aux municipales, avant de créer une association “EFféministe” : Mouvance Folle Lesbienne… Peux-tu me présenter ces différents groupes et m’expliquer ce que tu y faisais ?
5P.C. Faute de combattants au FHAR, nous avons fondé en 1974 Sexpol, un groupe de réflexion sur la sexualité et la politique, élargissant nos discussions avec des hétéros. Je pense que c’est sous cette bannière que nous sommes intervenus dans une grève d’étudiants en sciences économiques. Nous n’avions pas de rapport avec la revue Sexpol de Paris mais c’était dans le même esprit. Cela n’a pas duré, car très vite nous avons enregistré le premier Groupe de Libération Homosexuel français, sous la forme d’une association loi 1901. Ce ne fut pas un mince problème, mais ce fut acquis. Rappelons qu’Arcadie[3] crée un Club littéraire et scientifique des pays latins (1957 – 1982) et le FHAR, un front humanitaire antiraciste.
6En mars 1977, pour faire connaître l’association, nous avons saisi l’occasion des élections municipales, faisant courir le bruit que nous souhaitions soumettre notre liste homosexuelle. Là encore ce fut une première et l’AFP relayant l’information, toute la France, et au-delà, fut au courant. Le Provençal annonça l’événement par un entrefilet intitulé “L’un dans l’autre, ils seront bien 41”, Libération, une page entière : “La société sera homosexuelle ou ne sera pas”. Une telle démarche fut perçue comme fortement identitaire par la presse gauchiste, ce qui provoqua une déchirure dans le mouvement parisien. Avec Frank Arnal, qui était directeur de Gai Pied, nous défendions les folles, les autres défendaient les pédés. On pourrait penser que ça ne veut rien dire, mais c’est tout le contraire ! De notre côté, cela signifiait que nous ne voulions plus dépendre de qui que ce soit, que nous voulions une communauté homosexuelle, en finir avec cette hiérarchie qu’on disait machiste, et arrêter d’avoir comme modèle le syndicalisme ouvrier. Alors évidemment, en disant ça, on passait pour des folles hystériques ! C’est à cette époque qu’on s’est séparés du GLH pour créer l’association Mouvance Folle Lesbienne. (Ef)Féministes, folles entre nous, donc folles lesbiennes. On a tout de suite eu les féministes à dos, parce que l’anagramme des initiales de “MFL” était trop proche de celui du Mouvement de Libération des Femmes (MLF), et parce qu’on se disait lesbiennes alors qu’il n’y avait pas de femmes parmi nous…
7R.C. A quel moment intervient la création de l’Éventail, dans ce contexte d’effervescence militante et politique ?
P.C. L’Éventail (du nom d’une pièce d’Oscar Wilde : L’Éventail de Lady Windermere, 1892) n’a duré qu’un an je crois, entre 1980 et 1981. C’était un centre culturel camp. On ne voulait pas que ça soit “homosexuel”, parce qu’homosexuel c’était forcément pour la revendication de droits, tandis que camp se voulait culturel et cinématographique. Il y avait une librairie, un bar et un petit jardin. Très vite, pourtant, c’est devenu une plateforme pour préparer les élections législatives de 1981, où j’étais candidat.
8R.C. Cette idée de camp, d’où venait-elle ?
P.C. Du Second manifeste camp de Patrick Mauriès[4], et bien sûr de l’ouvrage de Susan Sontag sur la photographie[5]. Sontag disait que c’était l’humour des gais, et l’humour des gais c’était surtout l’humour des folles, parce que c’est sur les jeux de genre que les pédés s’amusent…
9R.C. Tu as mentionné ta “candidature homosexuelle” aux législatives : la liste que tu dirigeais avec Marie Meyer se nommait Alternative 81, et comportait, si l’on peut dire, un double programme. Il s’agissait d’affirmer votre existence et plus largement celle de tou-te-s celles et ceux qui étaient exclus des possibilités d’expression habituelles. Suivaient 18 propositions de politique générale, allant de l’arrêt du nucléaire à la réduction du temps de travail, en passant par la référendum d’initiative populaire. Au verso de votre programme, une autre liste de douze propositions concernant plus spécifiquement les droits et libertés des homosexuels et des lesbiennes : suppression de l’article discriminatoire 331 al. 2 du Code Pénal, destruction des fichiers de police concernant l’homosexualité, adoption et reconnaissance d’un statut juridique pour les couples ou encore reconnaissance du changement de sexe pour les trans. Comment ces deux programmes ont-ils été constitués ? Quel regard portes-tu aujourd’hui sur les droits et libertés que vous revendiquiez, qui ont en partie été accordés ?
P.C. Pour être honnête, l’élaboration de ce programme m’est étrangère, et doit sa paternité à Henri Amouric, qui militait avec moi à Aix depuis le FHAR jusqu’à Mouvance Folle Lesbienne. Ça ne correspondait pas véritablement à mes préoccupations. Rétrospectivement, je ne suis pas sûr que plus de droits amène plus de libertés, au contraire. Même si évidemment je suis heureux de ces nouvelles libertés pour lesquelles j’ai combattu directement (positions politiques), et indirectement (objectifs culturels).
10R.C. En 1982, après la victoire de Mitterrand, alors que tu plies bagage pour partir au Maroc, tu décides de commencer un doctorat de Lettres sur Marc-André Raffalovich. Qu’est-ce qui t’a conduit à choisir ce sujet de thèse ?
P.C. A l’origine je voulais faire une thèse sur la sexualité dans la géographie urbaine, mais cette question ne suscitait à l’époque aucun intérêt, et je n’ai trouvé personne pour la diriger. Mon goût pour les revues, la découverte de celle du Dr Lacassagne – les Archives d’anthropologie criminelle -, qui accueille les travaux de Marc André Raffalovich et d’autres auteurs sur ce qu’on appelait alors “l’inversion” m’a donné l’occasion d’une étude plus approfondie avec un corpus homogène[6].
11R.C. Comment as-tu commencé tes recherches bibliographiques sur l’homosexualité ? Quelles étaient les sources connues à l’époque ? Comment avais-tu accès aux documents ?
P.C. Frank Arnal, dont j’ai mentionné le nom tout à l’heure, s’intéressait beaucoup à l’histoire homosexuelle. Il m’avait rapporté des photocopies d’Homodok[7]. Ce qui m’avait permis de compléter les connaissances que j’avais par rapport à la bibliographie de Claude Courrouve[8]. Tout ce que ce dernier publiait, je l’achetais, parce qu’il était aussi très bibliographe. Je me suis toujours intéressé aux choses qui me parlaient à moi. A chaque fois que j’achetais un livre, je me disais : “c’est gay ou ce n’est pas gay ?”. Je regardais un peu, et si je découvrais que ça l’était, alors je l’achetais. Je ne suis pas sûr d’avoir lu tous les livres que j’ai achetés, mais j’avais besoin d’acheter des choses qui en parlaient. J’ai donc accumulé une grande somme de livres : d’abord marxistes, parce que j’étais révolutionnaire, ensuite féministes, parce que je l’étais, puis psychanalytiques. J’ai jeté tout ça : ne reP7P7 7p7@p7xnonr" id="pg23" style="">J’avais pour projet de créer à Aix-en-Provence une librairie gaie. L’accueil a été sceptique, parce qu’à l’époque, il n’y avait pas tellement de livres qui traitaient de la question. Il existait en revanche une curiosité par rapport à ce qui était homosexuel dans le monde : c’est la recherche identitaire. Une recherche d’affirmation dans un monde où on nous demande de nous taire tout le temps. Ce que je veux dire, c’est que de fil en aiguille, si l’on peut dire, tu prends un livre qui parle d’un autre livre, qui parle à son tour d’un autre livre, et tu te retrouves entouré d’une bibliothèque et d’un projet de centre de documentation dans la tête !
12R.C. Avant la création des centres documentaires, ce qui apparaît dans mes recherches sur la mémoire, c’est que des individus constituent des bibliographies concernant l’homosexualité : qui sont-ils, ces premiers bibliographes ? Raffalovich était-il déjà identifié dans les bibliographies comme étant une source ?
P.C. Les projets de rassemblement de documents sur les sujets LGBT ne datent pas d’hier : c’est une véritable passion qui s’affirme à la fin du XIXème siècle. On cherche alors à rassembler les témoignages de ce que l’on appelait à l’époque les invertis et les pédérastes. Ces termes sont utilisés à la fois par les médecins, qui s’intéressent alors beaucoup à ces questions pour établir leur autorité naissante, et les écrivains d’alors avec lesquels ils collaborent parfois. On peut citer les exemples du psychiatre austro-hongrois Richard von Kafft Ebing, qui publie en 1886 le savant Psychopathia sexualis, ou les huit volumes d’Études de psychologie sexuelle écrits en Grande-Bretagne par le Dr Havelock-Ellis, qui sortent aux USA en 1898. Il s’agit alors surtout d’études de cas. S’agissant des études littéraires, les textes sur l’unisexualité publiés par l’écrivain et “Docteur” Marc-André Raffalovich à partir de 1894 dans la revue lyonnaise du légiste Alexandre Lacassagne sont déterminants. Ce prétendu “Docteur” échappe complètement à la médecine, et ne s’intéresse qu’à la littérature, l’histoire littéraire, l’interprétation homosexuelle des œuvres et les censures. J’y reviendrai tout à l’heure.
13En Allemagne, la figure de Magnus Hirschfeld est absolument centrale : il fonde en 1897 un Comité scientifique humanitaire avant de lancer la revue Jarhbuch für sexuelle Zwischenstufen (Annales des types sexuels intermédiaires), qui paraît de 1899 à 1923. Elle contient une Bibliographie der Homosexualität régulière de Numa Praetorius (Eugen Wilhelm, 1885-1951) dont Régis Schlagdenhauffen est en train d’étudier le Journal. Entre-temps Hirschfeld fonde en 1919 le premier Institut de sexologie et participe au scénario du film de Richard Oswald, Différent des autres. Il n’y a sans doute pas de hasard à ce que le 6 mai 1933, le premier autodafé nazi s’attaque à ses bibliothèques !
14Pour revenir à la France, la première revue littéraire ouvertement homosexuelle est Akademos, qui date de 1909. Mais on ne fait pas que publier, on archive aussi de manière privée, en vue ou non de publication. Le fonds déposé à la bibliothèque municipale de Troyes par Georges Hérelle, qui avait traduit et annoté l’ouvrage du philologue allemand Meir sur L’Histoire de l’amour grec dans l’antiquité (1837) est impressionnant. Cette traduction, publiée en 1930 sous un pseudonyme (L. R. de Pogey-Castries), est assortie d’un choix de documents originaux et de plusieurs dissertations complémentaires, ce qui témoigne de la part du traducteur d’un grand intérêt pour le sujet…
15R.C. Est-ce que tu t’es identifié au personnage de Raffalovich ?
P.C. Pas vraiment, enfin si. Disons que je suis devenu spécialiste de Raffalovich, mais ce n’était pas vraiment la personne qui m’intéressait. Encore que, sa biographie est pour le moins surprenante : il s’est pratiquement marié avec John Gray – le célèbre amant d’Oscar Wilde – alors qu’il était catholique et il lui aurait construit une église ! Ce qui a surtout retenu mon attention, c’était sa contribution à l’histoire culturelle de la littérature, je veux dire à son approche homosexuelle, ce qui légitimait sa présence dans cette revue d’anthropologie criminelle qui s’intéressait aussi à la sexologie.
R.C. Il y a, me semble-t-il, d’autres points communs entre Raffalovich et toi : comme lui, tu rassembles aussi bien des textes anciens que des coupures de journaux, des articles…
P.C. Oui, c’est une démarche de documentaliste anthropologue : mettre sur le même plan hauts personnages et larbins, chroniques mondaines et faits divers, grande et petite littérature.
16R.C. Tu dis aussi que Raffalovich figure comme un des premiers militants culturels homosexuels… Peux-tu développer ?
P.C. Les Chroniques de Raffalovich, qui paraissent dans les Archives d’anthropologie criminelle du Docteur Lacassagne à Lyon (1886-1914) apparaissent comme une véritable somme sur le savoir de l’époque, ses hésitations, ses certitudes et ses tensions sur le sujet de l’homosexualité. C’est d’ailleurs là que sont utilisés pour la première fois en français les termes “homosexualité” et ”hétérosexualité”. Le premier texte que publie Raffalovich dans cette revue s’intitule Uranisme et Unisexualité. Il y stigmatise l’hypocrisie manifeste du Code moral britannique et ses connotations fortement chrétiennes, avant de dénoncer l’injustice des discriminations juridiques qui touchent les homosexuels, à travers le Code Pénal de 1886. Entre 1894 et 1913, il ne cessera d’envoyer à la revue française du Docteur Lacassagne des textes destinés à prouver le non-fondé des prétentions scientifiques ou pseudo-scientifiques à s’approprier le domaine de l’inversion, terme dont il s’écarte d’ailleurs pour préférer ceux qu’il utilise dans le titre de son article : “uranisme”, “unisexualité”, avant d’adopter celui d’ “homosexualité”. C’est principalement par la littérature, la philosophie et l’ethnologie qu’il opère : ce qui en fait une forme particulière de militantisme, approche culturelle et savante pouvant paraître élitiste. Raffalovich ne se gênait pas pour vilipender les actions militantes et politiques de Hirschfeld. Il avait aussi son idéal de l’inverti : plutôt chaste et surtout mâle. Dans quelle mesure cette posture et cette position était le contrepoint au discours dominant sur l’hétérosexualité, ses débauches et ses perversions, c’est ce que j’ai essayé de démontrer dans ma thèse.
17R.C. Pour finir sur Raffalovich, j’ai l’impression que tu as une véritable fascination pour ce projet historiographique, cette compulsion qui consiste à rassembler un maximum de documentation. Ton projet semble avoir aussi été, comme Raffalovich en quelque sorte à travers les Archives d’anthropologie criminelle, de proposer une relecture queer de cette époque que tu aimes tant.
P.C. C’est une obsession. Un jour, quelqu’un m’a dit que je faisais une “maladie de l’homosexualité”. A l’époque, on disait d’une lecture homosexuelle des choses, “tout repeindre en rose”. Aujourd’hui on dirait “queeriser”, qui est peut-être un champ un peu plus large, intersectionnel dans le sens où l’on tient compte des races, des sexes, des genres et des classes. Ma thèse m’a nourri, c’est vrai, depuis le début. Après je n’ai jamais cessé de l’exploiter. Une relecture queer, c’est aussi positiver des discours qui paraissent à prime abord — et formellement, ils le sont — homophobes. Parce qu’ils sont parfois de circonstance (les contraintes morales de l’époque). Je dois être assez naïf mais c’est ainsi qu’on peut aussi obtenir des informations a contrario. Pendant longtemps, de toutes façons, on a exploité ce qu’on pensait être les seules sources, celles de l’administration judiciaire, qui remontent au XVIIIème siècle[9].
18R.C. Cet esprit d’enquête, de classement, de recherche des traces, l’as-tu toujours eu ?
P.C. Oui, je suis né comme ça. Lycéen à Tourcoing, ce qui m’intéressait c’était l’histoire, celle des lieux où j’étais. L’histoire m’a toujours passionné, je ne sais pour quelle raison. Ma première collection a été celle des numéros du magazine d’actualité L’Illustration, que je négociais au marché aux puces de Roubaix. C’est une sexualité comme une autre, la recherche de documents, même si elle est très minoritaire ! Je dis sexualité parce que c’est un désir, un plaisir, une obsession, une addiction.
19R.C. Et cette fascination pour la période de la fin du XIXème et du début du XXème siècle ?
P.C. La période que je préfère est globalement celle qui correspond à la publication des Archives d’anthropologie criminelle : 1886-1914. C’est le décadentisme, qui est pour moi à la fois un déclin du politique, et celui du Mâle. Jean Lorrain, Montesquieu, Oscar Wilde, l’Art Nouveau… C’est aussi là où les folles sont le plus visibles ! Politiquement, je voulais être le plus radical, le plus révolutionnaire possible : pédé c’était déjà radical, mais folle c’est encore plus de visibilité ! Culturellement, la découverte de Lorrain a été très importante pour moi. Je dis toujours : ma première mort 1906 – date de sa mort. Son écriture et ses histoires m’ont toujours beaucoup ému. Des folles, il y en avait probablement au Moyen âge, d’après les travaux de Thierry Martin[10], mais je ne connais pas l’ancien français et je n’ai pas la culture classique. Le XIXème siècle est beaucoup plus abordable. Pour le XVIIIème, sur lequel j’ai aussi travaillé, ce n’est pas du tout évident, même si j’ai pu retrouver quelques petits éléments, comme une caricature de Cambacérès en femme. Je n’ai jamais vu autant de folles qu’à la fin du XIXème siècle…
20R.C. Après la victoire de Mitterrand et alors que tu confies être confronté à une légère lassitude par rapport au militantisme aixois qui t’avait tant mobilisé, tu obtiens un poste pour enseigner le français au Maroc, où tu décides de partir, afin de rejoindre l’Algérie. Ce voyage au Maghreb durera cinq ans, durant lesquels tu continues tes recherches tout en étant correspondant à Gai Pied Hebdo. Dans Le Grand Écart ou tous les garçons s’appellent Ali[11], tu racontes, sous la forme de “vignettes post-coloniales”, ces impressions qui t’avaient saisi. Qu’as-tu rapporté de ces années au Maroc et en Algérie ?
P.C. Ce sont cinq années qui m’ont profondément marqué. J’ai pu mieux comprendre les textes coloniaux : j’étais sur place et je “pratiquais” allègrement. J’ai pu apprécier à Oujda l’inspection élogieuse marocaine et à Agadir celle méprisante et bureaucrate (homophobe ?) de l’inspecteur français. En Algérie, j’ai été en butte à l’intolérance. Mon appartement a été fouillé (ma malle de livres et ma cohabitation — que je n’avais pas choisie — avec un enseignant algérien, inquiétaient) et on a fini par me suspendre d’enseignement au retour d’un voyage au Maroc. C’était les prémisses de la guerre civile. J’en ai retiré un attrait amoureux toujours plus fort pour ces populations, dont les yeux, en France, parfois reflètent le mépris avec lequel certains les considèrent.
21R.C.
P.C. J’ai découvert les textes situationnistes par Grégoire Herpin, militant au FHAR. Ce fut une révélation : les expressions pornographiques et politiques donnaient un aspect libidinal à la volonté de changer la société. J’ai donc voulu ensuite approfondir mes lectures de ce courant qui avait ses partisans gais comme Alain Fleig, décédé récemment et qui m’a donné l’autorisation de republier le Rapport contre la normalité[12]. J’y tenais particulièrement pour partager des souvenirs, y accoler une photo du FHAR d’Aix-en-Provence en guise de une de couverture et puis surtout pour alimenter une histoire un peu plus récente et qui pouvait servir encore. Les textes des situationnistes étaient, en quelque sorte, inconsciemment le volet politique du camp : une représentation des plaisirs impossibles et le détournement des seuls plaisirs légitimes.Du coup, j’ai aussi exploré les autres textes non homosexuels comme la revue Errata[13] et je m’y trouvais bien, en dehors de la pensée mainstream, dans cet à rebours qui permet plus de clairvoyance.
22R.C. Trois ans après avoir soutenu ta thèse, tu décides de publier, pour le Bicentenaire de la Révolution Française, Les Enfans de Sodome à l’Assemblée Nationale[14] qui marque véritablement le début de ton activité éditoriale et l’acte fondateur de la maison d’édition GayKitschCamp. Peux-tu expliquer le sens de ce geste qui pourrait paraître provocateur ?
P.C. A l’issue de mon travail de thèse, j’avais amassé un formidable ensemble de documents, et il fallait passer à la phase de publication. Peu avant, j’avais publié Fin de Siècle, un opuscule très décadent avec des témoignages de folles, qui avait été un petit succès. La couverture représentait Jeanne de France : c’était l’époque où l’on jouait, où on avait une cour. Moi j’étais la Comtesse de Flandre en exil, chacune avait son titre, son territoire. Cette histoire de la comtesse m’a semblé encore plus évidente devant un tableau où elle figure avec sa sœur (et ses deux maris successifs) que l’on peut voir à l’hospice Comtesse de Lille. Avec mon ami Benjamin, nous nous sommes dit que “ces deux princesses élevées à la cour de France et défiant le roi pour maintenir le commerce des draps qui faisaient la richesse de leur comté et délivrer les premières chartes municipales” c’était une bonne image féministe pour les futures Gay Pride et c’est ainsi que nous y figurâmes deux années de suite et aussi sur les affiches d’un festival. Je compte publier prochainement ces souvenirs, je penche pour le titre suivant “Comment je suis devenue Comtesse de Flandre” qui contiendrait un titre évocateur : “Retour à Lille”. Mais pour en revenir à notre première publication, Les Enfans de Sodome à l’Assemblée Nationale (1790) me semblait très bien pour apporter notre grain de sel. Je voulais mettre la gay touch, montrer l’apport des gais et des lesbiennes à l’histoire culturelle, d’une manière à la fois militante et révolutionnaire. Le texte m’intéressait parce que c’était un pamphlet, qui permettait de remettre sur le devant de la scène des personnages historiques comme le Marquis de Villette ou Mlle de Raucourt. J’en suis à la troisième édition, ce qui veut dire qu’il y a une clientèle et un intérêt pour l’histoire des homosexuel-le-s. Malgré cela, il y a toujours eu des résistances, des obstacles, parce que les gens vivent aujourd’hui dans l’actualité, pas dans l’histoire et la mémoire… Je pense que si l’on ne travaille pas sur la mémoire homosexuelle, alors la mémoire est déformée, et elle ne sert à rien, parce qu’elle ne sert pas à rendre les gens plus libres…
R.C. Où avais-tu obtenu ce texte et comment s’est passée la mise en place de cette première édition ?
P.C. La mention du texte, je l’ai trouvée dans Les livres de l’enfer de Pascal Pia. Le microfilm existait à la Bibliothèque Nationale. Il suffisait de le transcrire et de le proposer. Pour l’édition, j’ai appris sur le tas : le référencement, les photocopies, etc. Les premiers Cahiers ressemblaient à des fanzines, duplicata cheap, disons avec une typo de machines à écrire électriques. L’ordinateur n’est arrivé que l’année d’après. En 1991, j’ai commencé à devenir professionnel. Les éditions suivantes ont bénéficié des nouvelles technologies de reproduction numérique. Tout mon militantisme homosexuel était destiné à faire connaître et reconnaître ces textes.
23R.C. Revenons sur ces textes. Tu décides d’appeler ta maison d’édition GayKitsch Camp, ce que tu commentes en expliquant que “gay est une affirmation, le kitsch une ringardisation positive et le camp une attitude d’excès”[15]. Tu précises aussi rétrospectivement qu’il s’agissait de publier des textes érotiques, théoriques et politiques. Peux-tu donner plus de détails sur cette typologie ?
P.C. Les premiers textes publiés étaient des colloques, comme celui organisé à la Sorbonne sur l’historiographie des homosexualités et du lesbianisme[16]. Peu après, j’ai confié au socio-anthropologue Rommel Mendès-Leite le soin d’animer la collection Université, qui concerne l’histoire et la sociologie. Nous avons également publié dans cette collection les actes d’un colloque organisé par le ministère des affaires sociales sur un sujet sensible : Homosexualités et sida[17]. Nicole Albert dirigeait la collection Chemin des dames du nom d’une tranchée de Verdun particulièrement mortifère pour les hommes, Mirande Lucien, la collection littérature où elle se spécialisera sur Georges Eekhoud, je me réservai les collections nommées Curiosa et Libertins (textes érotiques et pamphlets).
24R.C. Est-ce qu’on pourrait dire que la maison d’édition a en quelque sorte accompagné le développement des études gaies et lesbiennes ?
P.C. Accompagné ?! Tu veux dire que nous avons été les premiers ! Le colloque à la Sorbonne a accueilli les interventions de Robert Aldrich, Georges Chauncey et bien d’autres[18].
25R.C. Tu as mentionné un colloque sur “homosexualité et sida” : la création de la maison d’édition correspond à un moment particulièrement tragique dans l’histoire de l’épidémie, avant l’arrivée des trithérapies. Durant cette période de la fin des années 1980 et des années 1990, la recherche en sciences sociales sur les problématiques relatives aux (homo)sexualités bénéficie d’importants financements étatiques. C’est justement le moment où commence à se développer considérablement en France le champ des études gaies et lesbiennes. C’est là que l’on commence à décrire et à interpréter les sociabilités et sexualités gaies contemporaines, avec des auteurs comme le sociologue Michael Pollak, ou Rommel Mendès-Leite… Quel rôle, selon toi, le sida a-t-il joué par rapport au développement de ces recherches ?
P.C. Pour reprendre l’exemple du colloque sur Sida et homosexualités, nous étions les seuls à vouloir éditer ce texte. Il était très difficile à l’époque de rapprocher les deux sujets, parce que c’était perçu comme stigmatisant. En vérité, il y a là un paradoxe, et je ne pense pas que le sida ait vraiment influencé ma destinée ou qu’il ait ouvert des portes sur les recherches sur l’histoire de l’homosexualité. En revanche, il a déclenché des financements importants pour les études sociologiques, qui ont peut-être permis une meilleure connaissance de cette communauté. A contrario, je me souviens d’un ami qui, lorsqu’il a appris qu’il était séropositif, a jeté tous ses journaux gais  à la poubelle. On évoque souvent la censure des parents qui jettent tout en découvrant ça chez leurs enfants qui sont morts, mais il y a aussi le cas des homosexuels qui se sont dit : à quoi ça a servi de se bagarrer pour une liberté, si c’est pour arriver à un truc aussi mortel et emmerdant… Encore aujourd’hui, il existe un fonds documentaire sur le sida aux Archives Nationales et aucun sur les homosexuels masculins, malgré mes démarches à Paris et Marseille et notre existence pendant 5 ans à Lille[19].
R.C. Comme s’ils essayaient d’effacer cette part de leur identité ?
P.C. Pas vraiment, plutôt comme s’ils ne s’intéressaient plus à la chose. Comme si le sida avait été, au moment de sa déclaration, un étouffoir de l’Histoire. Disons qu’après le premier choc, on s’est dit que l’épidémie faisait partie de notre histoire, mais qu’à un moment donné on a voulu rejeter l’Histoire avec le sida, notamment au niveau individuel.
26R.C. Comment s’articule cette collection universitaire avec le projet général de la maison d’édition ?
P.C. Comme je l’ai dit, la collection Université a publié trois colloques en plusieurs volumes rassemblant des textes de sociologie et d’histoire. Mais les auteurs préférèrent ensuite confier leurs travaux aux éditions de l’Harmattan puis d’autres maisons d’éditions ouvrirent leurs portes. On passait du militantisme à l’institutionnalisation et les éditions GKC restaient militantes et surtout autodistribuées et diffusées de la même manière. Militantes, elles le restaient par les pamphlets distribués et imprimés comme tels, des revivals. Je me passionnais pour cette collection érotique, les Curiosa, qui comporte par exemple des textes comme Pédérastie active[20] et Pédérastie passive, mémoires d’un enculé[21], qui datent tous deux du tout début du XXe siècle, ou encore le kitchissime Billy. Idylles d’amour grec en Angleterre[22], texte de 1937. Les Enfans de Sodome et le Bordel apostolique[23] sont des textes politiques, des pamphlets contre les institutions de l’époque.
27R.C. Tu viens de publier, avec Mirande Lucien, deux textes de l’écrivain anarchiste belge Georges Eekhoud – Voyous de velours (1926)[24] et La quadrille du lancier[25], qui est un recueil de six nouvelles fortement homoérotiques. Mirande et toi avez fortement contribué à faire sortir de l’ombre cette figure essentielle de l’histoire de la littérature homosexuelle : son roman Escal-Vigor qui sort au Mercure de France en 1899, en traitant ouvertement d’homosexualité, fait scandale et lui vaut un procès pour atteinte aux bonnes mœurs, son œuvre est commentée par le juriste et militant homosexuel Eugène Wilhelm (signant Numa Praetorius) tandis que d’autres de ses textes sont publiés dès 1900 au sein du fameux Jahrbuch d’Hirschfeld. Peux-tu parler de ton attachement à ce personnage ?
P.C. Je ne peux parler pour Mirande. Quant à moi, Georges est d’abord un amoureux des déshérités dont il tire des personnages croustillants. C’est aussi un compatriote (je suis d’origine belge). Enfin, c’est un gay avant l’heure puisqu’il souhaitait un “mouvement homosexuel”. Il collabore à la première revue homosexuelle française, Akademos, dirigée par Jacques d’Adelswärd-Fersen, avec des articles sur les représentations picturales de saint Sébastien ou la “sensibilité” dans la peinture moderne…
28R.C. Quels sont les prochains projets de la maison d’édition ?
P.C. Continuer à publier des textes qui portent témoignage de la vie LGBT dans les années 30. Je pense aux trois volumes de Max des Vignons (Fredi à l’école, Fredi en ménage et Fredi s’amuse). Aussi, Ces messieurs du sens interdit de l ’énigmatique Marilly de Saint-Yves. L’essai final des Mille et une Nuits de Burton ? Tous ces volumes ainsi qu’une dizaine d’autres sont prêts, reste à terminer de les étudier…
29R.C. Assez rapidement, parallèlement à ce travail d’édition, tu décides d’organiser à Lille un festival de films, pourquoi, dans quel contexte ?
P.C. J’ai appris la culture homosexuelle par le cinéma. Déjà, à Aix-en-Provence, j’avais dirigé un ciné-club dans une maison de la culture. Dans le premier Utopia, nous avons organisé deux petits festivals de films, l’un sur le camp avec un choix de comédies musicales qui eut peu de succès et un sur l’homosexualité qui avait fait salle comble. Je m’en suis souvenu à mon “Retour à Lille”, après mes années passées en Afrique du Nord. Retour précipité, qui m’éloignait, faute d’y obtenir un poste, d’Aix-en-Provence où j’avais encore mon domicile. Je reçus pour mon plus grand malheur une affection dans un lycée de Valenciennes où je devins très vite selon les dires de l’inspecteur un “danger moral et psychologique pour les élèves”. Mais je n’étais pas mécontent de revenir dans la région de ma naissance : Lille. Je l’avais quittée industrielle, je la retrouvais convertie dans le tertiaire ! Avec de très belles réhabilitations d’usines et une restauration du centre historique. Dès mon arrivée, je contacte immédiatement les bribes du mouvement homosexuel : des anarchistes qui proposent de créer un groupe gay qui deviendra Les Flamands roses[26]. Et des amis qui animaient une petite revue DRAG. Avec les anarchistes, nous décidons d’organiser en 1991 un festival sur Pasolini. L’année suivante, je décidai d’ajouter aux buts de l’association GayKitschCamp, l’organisation d’un festival de films : QuestionDeGenre. La première édition, qui portait comme sous-titre “la représentation des homosexuels à l’écran”, a lieu dans un petit cinéma de quartier et au Méliès de Villeneuve d’Asq. Roger Pierrefitte était invité pour commenter la projection de l’adaptation des Amitiés particulières par Jean Delannoy : il y avait un monde fou ! Il n’y avait plus nulle part de festivals, à l’époque nous étions les seuls : tout avait été suspendu par le sida. Paris ne connaissait pas la générosité ultérieure de Bernard Delanoë. Nous allions connaître à partir de la 3e édition un soutien de la plupart des collectivités locales. Nous avons poursuivi dans une petite salle de quartier, puis les grandes salles se sont mises de la partie ainsi que des cinémas des villes voisines ; au fil des quinze éditions, ça a pris une certaine ampleur… Jusqu’à aider Paris à monter son propre festival ! Progressivement, le dvd se popularisait, l’équipe s’amenuisait (plus d’emplois aidés) et les subventions ne permettaient pas de m’assurer un salaire qui aurait pu remplacer celui de professeur, métier que j’abandonnai bon gré mal gré.
30R.C. L’histoire des représentations plus ou moins explicites de l’homosexualité au cinéma a longtemps été marquée (et l’est peut-être toujours) du sceau de la censure, notamment au moment du Code Hays (1930-1966) aux États-Unis. Créer un festival portant sur ces questions – celles des genres et des sexualités – permet d’explorer toute une série de subversions à l’égard du pouvoir et de subterfuges destinés à contourner les normes visuelles édictées par une certaine morale dominante et conservatrice. En quoi consiste exactement ce travail de programmation ?
P.C. Il y a eu une quinzaine de festivals et quelques semaines culturelles de la GayPride. Comme pour la maison d’édition, la programmation se devait de coller à l’actualité et de la relativiser avec des titres du patrimoine. J’ai toujours pratiqué l’intersectionnalité avant la lettre puisque les films relevaient aussi bien du VIH, de l’apport des étrangers, du militantisme et des rapports sociaux. Pendant ces festivals, on se créait notre propre monde et ce n’était pas tant la répression qui nous préoccupait que la création aussi bien de résistance (nouveaux styles de vie) que pure (artistique).
31R.C. Outre la maison d’édition GKC et le festival de films QuestionDeGenre, tu as aussi créé à Lille un centre de documentation, baptisé Centre Européen de Ressources, de Recherches, d’Études et de Documentation sur les Sexualités Plurielles et les Interculturalités (CEREDESPI). Son existence a duré 5 ans, entre 2000 et 2005. Cette initiative, qui n’a malheureusement pas pu être pérennisée, annonçait de grandes ambitions, d’autant plus qu’il n’existe pas en France de centre d’archives “communautaires” dédiées aux minorités ou à la diversité sexuelle(s), comme il en existe par exemple en Allemagne, aux États-Unis, aux Pays-Bas ou même en Italie. Pourrais-tu préciser l’intérêt que tu avais à lier “sexualités plurielles” et “interculturalités” ? Quel(s) étai(en)t le(s) public(s) que tu souhaitais toucher et dans quel(s) but(s) ?
P.C. Les sexualités plurielles et les interculturalités étaient vouées à se croiser. En effet, les premières voulaient recouvrir toutes les formes d’expressions sexuelles passées, présentes et à venir. Et pour cela, on pouvait déjà examiner les formes qu’elles ont prises dans le passé et dont l’histoire avait été occultée (un mot que j’aime bien). Le public a été LGBT et gay friendly de suite. Il ne faut pas oublier que nous avons touché un large public, nos événements bénéficiant d’une large publicité soit payante, soit sur les affichages municipaux, soit dans les journaux. Quelques études universitaires ont été publiées grâce à ce centre de documentation qui comprenait aussi, bien sûr, les archives du festival de films.
32R.C. Comment s’articulent ces différentes activités (Maison d’édition, Centre de documentation, Festival de films) qui tournent toutes autour de la mémoire ?
P.C. Le festival de films était pour moi l’équivalent d’un centre de documentation, vivant : nous gardions les films que nous mettions à disposition du public. Le centre de documentation, c’est une mémoire intelligente, qui permet d’intéresser les gens par des notes, une analyse, une contextualisation. C’est dommage que je n’aie pu continuer ce projet que d’autres reprendront, j’espère, et que j’avais proposé vainement sous la forme d’une bibliothèque spécialisée à Paris. Certes, la plupart des textes se trouvent sur internet, et beaucoup de livres se trouvent dans les bibliothèques mais comme pour toutes les problématiques, il est bien qu’il y ait des centres spécialisés et surtout une ambiance de travail propice, ce qui veut dire des professeurs et des chercheurs tenant compte des nouvelles découvertes et des nouvelles méthodologies.
Renaud ChantrainePatrick Cardon

Notes


[1]Voir par exemple Michael Sibalis, “L’arrivée de la libération gay en France. Le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR)”, Genre, sexualité & société, n°10 (consulté en décembre 2015).

[2] Patrick Cardon, Histoire d’une revue : le Fléau social (1972-1974). Le mariage des situs et des pédés, 1999.

[3] Julian Jackson, Arcadie. La vie homosexuelle en France, de l’après-guerre à la dépénalisation, Paris, Autrement, 2009.

[4] Patrick Mauriès, Second manifeste camp, Paris, Le Seuil, 1979.

[5] Susan Sontag, L’œuvre parle, Paris, Christian Bourgeois, 2010.

[6] Patrick Cardon, Discours littéraires et scientifiques fin de siècle. La discussion sur les homosexualités dans la revue Archives d’anthropologie criminelle du Dr Lacassagne (1886-1914). Autour de Marc-André Raffalovitch, Paris, Orizons, 2008.

[7] Homodok est un centre d’Archives créé en 1978 au sein de l’Université d’Amsterdam, afin de soutenir le développement des études gaies et lesbiennes, qui y prenaient alors leur essor. Devenu l’Internationaal Homo/Lesbisch Informatiecentrum en Archief (IHLIA), et basé au sein de la bibliothèque municipale d’Amsterdam, il héberge aujourd’hui plus de 130 000 documents, ce qui en fait le principal centre d’Archives LGBT d’Europe.

[8] Claude Courouve, Vocabulaire de l’homosexualité masculine, Paris, Payot, 1985.

[9] Voir les travaux de Maurice Lever, et de Thierry Pastorello mais plus tôt, en 1902 de Gaston Dubois-Desaulle — Prêtres et moines non conformistes en amour —, et aussi Paul d’Estrée pour ses Infâmes sous l’Ancien Régime (1902).

[10] Thierry Martin, Trois études sur la sexualité médiévale, Lille, QuestionDeGenre/GKC, 2001.

[11] Patrick Cardon, Le Grand écart ou Tous les garçons s’appellent Ali, Paris, Orizons, 2009.

[12] FHAR, Rapport contre la normalité, Lille, QuestionDeGenre/GKC, 2013.

[13] Revue trimestrielle fondée en 1973 (12 numéros jusqu’en 1977).

[14] Anonyme, Enfans de Sodome à l’Assemblée Nationale, 1790, Lille, QuestionDeGenre/GKC, 2005.

[15] Patrick Cardon, “Gay, kitsch et camp”, in Isabelle Barbéris et Marie Pecorari (dir.), Kitsch et théâtralité, Dijon, Presses universitaires de Dijon, 2012.

[16] GREH et al., Homosexualités et lesbianisme : mythes, mémoires, historiographies, actes du colloque international de la Sorbonne, Lille, Cahiers Gai Kitsch Camp, 1990-1991, 3 vol. (épuisés).

[17] Michael Pollak, Rommel Mendes-Leite et Jacques Van Dem Borghe, Homosexualités et Sida. Lille, QuestionDeGenre/GKC, 1991 (épuisé).

[18] Rommel Mendes-Leite, Sodomites, invertis et homosexuels. Perspectives historiques. Préf. Paulette L’Hermite-Leclercq. Lille, Cahiers Gai-Kitsch-Camp, 1994.

[19] Patrick Cardon, “Les centres de documentation LGBT en France aux abonnés absents…”, LOM Magazine, Marseille, janvier/février 2008, p. 14-15.

[20] Rast, P.-D., Pédérastie active, 1907, Lille, QuestionDeGenre/GKC, 1997.

[21] L. B., Pédérastie passive, mémoires d’un enculé, 1911, Lille, QuestionDeGenre/GKC, 1993.

[22] Jean D’Essac, Billy, idylles d’amour grec en Angleterre, 1937, Lille, QuestionDeGenre/GKC, 1994.

[23] Anonyme, Bordel apostolique, 1790, Lille, QuestionDeGenre/GKC, 2007.

[24] Georges Eekhoud, Voyous de velours, Montpellier, QuestionDeGenre/GKC, 2015.

[25] Georges Eekhoud, La quadrille du lancier, Montpellier, QuestionDeGenre/GKC, 2015.

[26]Les Flamands Roses : groupe d’expression lesbienne, gaie, bi, trans, queer, intersexe et féministe de Lille.







2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
Sauf indication contraire, textes et documents disponibles sur ce site sont protégés par un contrat Creative Commons CClogo