Des paysages du peintre à la ville prise dans l'Histoire : “Caspar Friedrich Strasse” de Cécile Wajsbrot

Fabien Gris

Résumé


Caspar Friedrich Strasse de Cécile Wajsbrot se présente comme le discours-monologue d'un célèbre poète allemand qui inaugure une rue de Berlin portant le nom de Caspar David Friedrich. Or le narrateur détourne cet exercice d’hommage officiel et institutionnel, qui devrait donner lieu à un commentaire éclairé et nourri de l’œuvre du peintre. Il déjoue les attentes impliquées par son propre statut d’artiste et son savoir sur Friedrich pour livrer un discours-fleuve surprenant et digressif : profitant de la situation d’énonciation particulière dans laquelle il se trouve (parler de peinture au milieu d’un Berlin en reconstruction), il relie en permanence descriptions de tableaux et récit mémoriel à dimension historique et intime, et ce bien que le romantisme pictural de Friedrich n'ait, a priori, chronologiquement et thématiquement rien à voir avec l'histoire de l'Allemagne au XXe siècle. Mais il ne s’agit pas de faire de Friedrich un simple “prétexte” à un discours autre : renonçant aux formes traditionnelles du savoir artistique, le poète cherche à éprouver les perspectives ouvertes par l’anachronie et la dynamique figurale des images. L'œuvre du peintre devient une sorte de prisme à travers lequel sont saisis le pays et les consciences – collectives et individuelles – qui le peuplent. Elle donne lieu à des relectures insoupçonnées mais finalement cohérentes avec la fonction du geste critique proposée jadis par les Romantiques allemands.

Mots-clés


Wajsbrot; Friedrich; intermédialité; peinture; anachronisme; figural

Texte intégral :

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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