Voir les têtes tomber : un imaginaire antiautoritaire de la littérature

Julien Lefort-Favreau

Résumé


Depuis le début des années 90, Jacques Rancière a écrit autant sur la démocratie que sur la littérature. Sa philosophe suppose un nouage intrinsèque entre esthétique et politique  et dans cette économie, la littérature joue en quelque sorte un rôle critique. Par les partages qu'elle remet en question, elle réitère le caractère délibératif de la démocratie, mais surtout, elle vient y installer un désordre anarchique. Ce postulat, profondément antiautoritaire, nous apparaît comme un héritage direct de la pensée de mai 68. En effet, les événements de mai forcent Rancière à rompre avec Louis Althusser et à contester son marxisme scientiste. Cette révolte contre la posture du maître/intellectuel de Parti deviendra en quelque sorte la matrice et le fil conducteur de toute sa pensée, de son intérêt pour la parole ouvrière ou la figure de Joseph Jacotot jusqu'à ses récentes théories esthétiques sur le partage du sensible. L'horizon démocratique qui informe ses conceptions de la littérature est donc en bonne partie redevable à son engagement auprès de la Gauche Prolétarienne (GP) dans l'après-68. Notre article vise donc à isoler, par une approche archéologique, les fondements gauchistes de la pensée de Rancière.

Cet héritage trouve également des échos dans la production littéraire contemporaine. La seconde partie de cet article visera donc à identifier cet horizon démocratique anti-autoritaire chez divers auteurs qui sont, de diverses manières, porteurs de cet héritage (Robert Linhart, Leslie Kaplan, Patrick Deville, Pierre Michon). Chez les deux premiers, la croyance dans la capacité de la littérature à renverser le code idéologique persiste jusque dans leur production contemporaine, alors que pour Deville ou Michon, l'idée de révolution est plutôt sabordée, soit par l'alimentation d'un fantasme d'une sortie rimbaldienne de la littérature, ou encore par la réactivation (retorse) d'un imaginaire royal. Il s'agira donc d'interroger cet imaginaire démocratique de la littérature en exposant ses contradictions et ses taches aveugles afin de mettre au jour une politique paradoxale de la littérature


Mots-clés


politique de la littérature; autorité; récits d'établissement; deux corps du roi; Rancière; Leslie Kaplan; Linhart, Michon; Deville

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2012 | Revue critique de fixxion française contemporaine |  (ISSN 2033-7019)  |  Habillage: Ivan Arickx |  Graphisme: Jeanne Monpeurt
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