Appel à contributions: n° 18

Littératures de terrain

coordonné par Alison James (Université de Chicago) et Dominique Viart (Université Paris Nanterre)

 

Au sein du vaste ensemble très diversifié des écritures factuelles, les Littératures de terrain réunissent des textes qui ne se satisfont plus de raconter le réel, de le représenter ni de le commenter, mais envisagent la littérature comme un moyen pour l’interroger, l’éprouver, le documenter ou en faire saillir des dimensions inaperçues. Plus que de son résultat, le texte donné à lire est alors le récit de cette expérience pratique elle-même, de ses inflexions, ou difficultés, des réflexions que sa narration suscite. Les écrivains concernés inventent ainsi une forme singulière, irréductible au roman compris comme genre de la fiction narrative, et à l’essai comme genre littéraire du discours. Leurs oeuvres ouvrent un espace littéraire nouveau, fondé sur des pratiques de terrain (Fieldwork) proches de ce que les sciences humaines et sociales entendent par ce terme : enquêtes, entretiens, recherche et production documentaire, fouille des archives, recueil de témoignages, immersions, observations in situ... sans prétendre toutefois ni en respecter scrupuleusement les procédures méthodiques, ni se penser comme « scientifiques ».

Ces “terrains“ abordés par les œuvres littéraires coïncident en effet avec ceux de la sociologie (A . Ernaux, J. Sorman,  M. Desbiolles), avec l’anthropologie de l’ordinaire (E. Chauvier), de l’infra-ordinaire (G. Perec), ou des lointains (G. Macé), avec l’enquête géographique (P. Vasset) ou biographique (P. Modiano, Ph. Artières), avec l’Histoire immédiate (J. Hatzfeld sur le Rwanda, P. Deville sur le Cambodge) ou plus ancienne (E. Vuillard sur la Révolution française et sur le partage du monde par les puissances coloniales ; P. Deville sur la “première mondialisation“ du XIXe siècle). Il n’est d’ailleurs pas rare que certains chercheurs issus de ces domaines scientifiques fassent un tel détour littéraire. Ainsi de Patrick Boucheron, de Marc Augé, d’Ivan Jablonka, de Philippe Artières et d’autres encore, qui nourrissent à leur tour le corpus des Littératures de terrain.

Les méthodes d’investigation se ressemblent, mais elles ne sauraient se confondre : la littérature découpe son champ comme elle le souhaite, recueille informations et paroles à sa guise, imagine ses propres dispositifs dans une libre proximité avec les sciences sociales, agence son texte en dehors des normes disciplinaires. Ce faisant, ces œuvres, essentiellement écrites à la première personne, renforcent cependant la dimension heuristique et l’implication sociale du geste littéraire. Elles mettent en question notre rapport au savoir, dont elles refondent la pertinence en exhibant sa constitution. Ces écritures de terrain connaissent certes quelques antécédents littéraires (enquête naturaliste, surréalisme ethnographique, récits de voyage, écrivains-reporters des années 30, Non-Fiction Novel, New Journalism…), mais ne s’y résorbent pas, notamment parce qu’elles mettent en œuvre des dispositifs spécifiques inconnus des formes précédentes.

La prochaine livraison de la revue en ligne Fixxion se propose d’étudier plus en détails le fonctionnement de tels textes et notamment :

-       de préciser ce qui distingue les littératures de terrain des formes antérieures voisines, ainsi que des actuelles narrations documentaires ou documentées ;

-       de mettre en évidence les protocoles, dispositifs et méthodes élaborés dans / par ces textes ;

-       d’analyser les techniques narratives et les structures formelles mises en œuvre ;

-       d’étudier la nature des documents produits et le rôle qui leur est dévolu, mais aussi la recherche documentaire elle-même ;

-       d’envisager leurs relations effectives avec les sciences sociales dont elles partagent les terrains ;

-       de mesurer les recherches de proximité et les prises de distance, les dimensions empathiques et perspectives critiques ;

-       d’interroger les échanges et interactions perceptibles avec d’autres formes esthétiques engagées dans les mêmes expériences.

Échéance : 1er juin 2018. Envoyez votre proposition de contribution, portant sur les littératures française et francophones, en français ou en anglais (environ 300 mots), à fixxion21@gmail.com (un rédacteur vous inscrira comme auteur et vous enverra le gabarit MSWord de la revue).

Après notification de la validation, le texte de l’article définitif (saisi dans le gabarit Word et respectant les styles et consignes du Protocole rédactionnel) est à envoyer à fixxion21@gmail.com avant le 1er décembre 2018 pour évaluation par les pairs de la Revue critique de fixxion française contemporaine.

La revue accepte également des articles hors problématique du numéro.


 

Références bibliographiques :

-       C. Bloomfield & M.-J. Zenetti, « Usages du document en littérature », Littérature, n°166, mai 2012.

-       Aline Caillet & Frédéric Pouillaude (dir.), Un art documentaire. Enjeux esthétiques, politiques et éthiques, Presses universitaires de Rennes, 2017.

-       James Clifford, The Predicament of Culture : Twentieth-Century Ethnography, Literature and Art, Harvard University Press, 1988.

-       Vincent Debaene, L’Adieu au voyage : l’ethnologie française entre science et littérature, Gallimard, 2010.

-       Alison James & Christophe Reig (dir.), Frontières de la non-fiction. Littérature, cinéma, arts, Presses universitaires de Rennes, 2014.

-       Christina Kulberg, The Poetics of Ethnography in Martinican Narrative, University Of Virginia Press, 2013

-       Françoise Lavocat, Fait et fiction, Seuil, 2016.

-       Richard Phillips, « Georges Perec’s Experimental Fieldwork : Perequian Fieldwork », Social & Cultural Geography, December 5, 2016, http://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/14649365.2016.1266027

-       Dominique Viart, « Fieldwork in Contemporary French Literature », in A. Russo & D. Viart (ed.) Literature and alternative Knowledges. Sites, Contemporary French & Francophone Studies, , vol 20, issue 4-5, december. 2016.

-       Dominique Viart, « Les littératures de terrain : dispositifs d'investigation en littérature française contemporaine », en ligne : http://cral.ehess.fr/index.php?2013

-       Marie-Jeanne Zenetti, Factographies : l'enregistrement littéraire du réel à l’époque contemporaine, Classiques Garnier, 2014.