Politiques éditoriales

Énoncé de mission

Le cosmopolitisme littéraire
En ce début de XXIe siècle aucun lecteur ne se cantonne plus à un espace national unique ; il passe indifféremment d’un roman de Roth à un texte d’Echenoz, d’un Coetzee à un Atwood, d’un Fuentes à un Rushdie ou un Confiant. La globalisation est aussi affaire de littérature et le cosmopolitisme littéraire est devenu la règle chez tous les lecteurs attentifs à la production de leur époque. La littérature d’aujourd’hui est mondiale et seules nos connaissances linguistiques imparfaites nous réduisent parfois à lire en français les œuvres publiées dans des langues que nous ne maîtrisons pas.
Les écrivains, qui sont d’abord des lecteurs, témoignent bien de ce qu’en littérature les frontières traditionnelles sont devenues obsolètes. Plus encore qu’auparavant, leurs références viennent des horizons les plus divers: il suffit pour s’en convaincre de voir la place que font ceux qui écrivent en français à Faulkner, Conrad, Borges, Morrison mais aussi à Chandler ou Hammett.

Enseignement et recherche
Si lecteurs et écrivains s’émancipent de l’emprise des nations, il n’en va pas encore de même des institutions, à commencer par l’Université. On observe que dans l’enseignement comme dans la recherche, les traditions nationales ne desserrent pas leur étreinte. La France a pendant longtemps voulu croire que la littérature française s’arrêtait à ses frontières, et son enseignement a –avec succès d’ailleurs- été conçu comme un des ciments de la République et un véhicule essentiel de l’humanisme né des Droits de l’Homme.
L’étude de la littérature dans les pays traditionnellement d’expression française ou bilingues, celle menée dans les universités au Québec (et au Canada), en Suisse (germanophone et francophone) ou en Belgique (Flandre et Bruxelles-Wallonie), a longtemps regardé d’abord vers la France, tout en s’efforçant de donner une visibilité à des auteurs nationaux, en peine de reconnaissance à Paris ou assimilés dès lors qu’ils atteignaient la notoriété.
Cette époque n’est plus : dans l’hémisphère sud aussi des écrivains majeurs ont émergé et la littérature française s’est résolument ouverte aux influences étrangères. Son imaginaire adopte aujourd’hui la forme d’une mosaïque dont le liant n’est pas un pays mais une langue. Les universités des pays non-francophones -et ils commencent aux frontières immédiates de la France- n’ont pas tardé à prendre conscience de ces changements. Si elles privilégient toujours le canon littéraire hexagonal dans l’enseignement de (l’histoire de) la littérature, elles se tournent volontiers vers la francophonie dès lors qu’il s’agit d’aborder la littérature récente. L’accent porte tantôt sur la production au Québec, en Suisse ou en Belgique, plus souvent encore sur celle des Caraïbes, du Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

La littérature contemporaine
Sans surprise, c’est la situation inverse qui prévaut en France, où l’université s’est ouverte à la littérature contemporaine mais d’abord à celle qui s’écrit à l’intérieur de ses propres frontières. L’univers de la francophonie y est aussi discret que la littérature contemporaine hexagonale l’est dans les cursus américains ou européens. On observe une division dans le champ d’étude du contemporain qu’illustre parfaitement le nom des départements de français dans les pays anglo-saxons : “French and Francophone Studies”. Chacun sait que ce clivage va de pair avec des perspectives théoriques divergentes et qui s’ignorent souvent. Les textes de la francophonie, à commencer par ceux des anciennes colonies, sont abordés par des biais méthodologiques propres, marqués par les “postcolonial” et les “cultural studies” qui sont aussi valorisées outre-Manche et outre-Atlantique qu’elles sont tenues pour suspectes en France. Cette méconnaissance réciproque des domaines littéraires et des perspectives théoriques apparaît d’autant plus regrettable qu’elle va à l’encontre de nos habitudes de lectures aujourd’hui résolument décloisonnées.

Légitimités multiples
Certes, des enjeux idéologiques et de pouvoir expliquent cet état de fait, mais ils ne le justifient pas. Rien n’interdit en effet de reconnaître l’existence et la légitimité d’un universalisme anglo-saxon à côté de l’universalisme français. Ces visions sont différentes mais toutes deux sont héritières des Lumières, et si elles choisissent de mettre des accents différents, elles sont en définitive moins étrangères l’une à l’autre que certains ne feignent de le croire. La réduction caricaturale du modèle anglo-saxon au “communautarisme” ou au “particularisme” et la mise en relief des conséquences supposées néfastes que ces positions entraîneraient pour la sphère littéraire reposent pour une large part sur une méconnaissance des réalités et des principes qui sous-tendent le monde anglo-saxon.
De même, la réputation peu flatteuse d’élitisme qui s’attache à la littérature française contemporaine passe outre à l’extrême diversité de la production littéraire d’aujourd’hui. La littérature en France ne se cantonne pas dans un cabinet de lettrés et elle est particulièrement vivante aussi dans des genres émergents, trop longtemps assimilés à de la paralittérature. La fantaisie, le fantastique, le réalisme magique ou le polar constituent autant de domaines où se joue non seulement l’actualité, mais encore l’avenir de la littérature française. La littérature contemporaine qui s’écrit en France n’est en rien moins lisible que celle de la francophonie, des mondes latino-américain ou anglo-saxon, réputés plus accessibles, voire plus démocratiques. Le reproche d’intellectualisme est aussi injustifié que celui d’exotisme qui touche la francophonie.
On ne peut que regretter que sous le couvert de principes il s’agisse quelquefois pour les détracteurs de tous bords de se trouver de bonnes raisons de ne pas lire tel auteur, tel critique, telle langue.

Libérations
Des tentatives pour échapper aux carcans nationaux et universitaires ont été entreprises du côté des écrivains, à commencer par le plaidoyer pour une “littérature monde en français” dont l’ambition était précisément de proposer une alternative à la vision véhiculée par la francophonie. Venu de l’importante littérature voyageuse, le manifeste pointe vers des enjeux littéraires essentiels, la créolisation n’étant évidemment pas des moindres. Demander une visibilité pour des sujets et des écrivains venus d’aires géographiques différentes et qu’une France “nombriliste” ne prendrait pas suffisamment en compte se comprend, mais la mise en relief de la thématique de l’“ailleurs”, qui sous-tend le projet, semble créer autant de barrières qu’elle ne jette de passerelles.
Il n’est pas besoin de rappeler qu’on peut parfaitement lire ou écrire en français n’importe où au monde sans s’intéresser au voyage, au métissage, ou à la question de l’identité. Et l’écrivain de la Creuse ou de la Corrèze ne fait pas moins partie du champ de la littérature contemporaine en français que le bourlingueur, celui qui est originaire de Pointe-à-Pitre, Pointe-Noire et Port-au-Prince ou qui choisit de faire voyager son lecteur.
Sans doute le manifeste a-t-il donné lieu à une fausse querelle : les signataires n’ont en effet jamais imaginé exclure quiconque et leurs œuvres témoignent du refus de tout exotisme facile.

Français/ anglais
Depuis l’époque du nouveau roman au moins, qui a vu certains de ses meilleurs commentateurs venus des pays anglo-saxons, il existe une critique littéraire de valeur qui s’attache à la littérature française mais s’écrit en anglais, de même qu’il s’en est écrit depuis longtemps en allemand. L’intérêt pour la littérature de l’extrême contemporain s’observe en Amérique du Nord, en Angleterre comme dans les pays du Nord de l’Europe. Conformément aux tendances actuelles du monde universitaire, le regard se porte plus volontiers sur l’univers francophone que sur les écrivains de l’Hexagone. Mais dans ce domaine aussi des enseignants-chercheurs proposent des analyses fondamentales et des perspectives innovantes.
Les travaux universitaires, qui reposent sur d’autres pratiques éditoriales, sont peu visibles en France : handicapés qu’ils sont parce qu’ils se publient en anglais, qu’ils explorent un corpus différent et qu’ils se servent souvent de méthodologies qui n’ont pas cours dans l’Université française. La critique se prive ainsi d’un apport fondamental qui, dans le domaine du contemporain en particulier, contribuerait à enrichir la lecture.

La Revue
La Revue critique de fixxion française contemporaine est une revue scientifique à vocation internationale qui accueille des contributions portant sur la littérature contemporaine française d'après 1980. Ouverte à la littérature de France comme à celle de la Francophonie, cette revue bilingue associe universitaires et écrivains dans une réflexion sur les formes que prend aujourd'hui l'écriture. La richesse exceptionnelle de la littérature qui s’écrit aujourd’hui justifie pleinement qu’une publication spécifique lui soit consacrée. Tournée vers l’époque charnière entre le XXe et le XXIe siècle, la revue acceptera des contributions rédigées indifféremment en français ou en anglais et s’efforcera de s’ouvrir à un vaste champ d’écrivains et d’approches.
La revue fait le pari qu’il est possible d’établir une plateforme d’expression pour des études consacrées à des domaines dont la séparation repose en réalité sur des principes étrangers à la pratique de la lecture. Favorisant en particulier tous les regards croisés, nous invitons nos contributeurs à se montrer attentifs au texte des œuvres. Dans cette perspective, la pertinence de la problématique et la rigueur de l’analyse pèseront d’un plus grand poids dans l’évaluation des manuscrits que le fait de s’inscrire dans une méthodologie spécifique ou de respecter un quelconque canon.
La date de 1980, certes arbitraire, permet un recul de trente ans pour les textes les plus anciens. Cette distance est propice à la recherche universitaire qui, si elle n’a peut-être pas pour vocation première de travailler dans l’immédiat, a néanmoins su forger des instruments et développer des compétences qui lui permettent de réagir dans les meilleurs délais à l’actualité littéraire. Si la balise temporelle a le désavantage de ne faire référence à aucun événement historique ou littéraire précis, elle inaugure comme on sait une période marquée en France simultanément par des œuvres d’une facture nouvelle chez les nouveaux romanciers et par l’émergence d’une nouvelle génération plus accueillante au romanesque. En dehors de la France c’est aussi l’époque qui a connu l’apparition de nouveaux écrivains, issus de la décolonisation, les premiers précisément auxquels s’est appliquée l’étiquette de francophonie. 
Fixxion n’est pas fiction… Si le mot central du titre fait référence à l’une des voies majeures par laquelle la littérature a cherché à se repenser depuis les années 80, l’allusion se justifie faute de mieux. Pour paraphraser un mot célèbre, c’est sans doute “le pire des régimes (littéraires) à l’exception de tous les autres”. Protéenne, la catégorie a cependant l’avantage d’être accueillante, puisqu’elle s’applique de nos jours à des œuvres qui vont du roman d’imagination au récit de soi en passant par différentes formes de proses, tantôt narratives, tantôt d’idées, tantôt encore poétiques.
Si elle ne portera ni sur le théâtre, ni sur la poésie -qui ont leurs propres lieux d’expression- la Revue critique de fixxion française contemporaine entend être une revue de littérature contemporaine ouverte à un large éventail d’écritures.

Pierre Schoentjes
Directeur de la revue


 

 

Politiques de rubriques

Etudes

Constituant le noyau de la revue, le dossier regroupera des études d’une dizaine de pages, publiées sur recommandation d’un comité scientifique fonctionnant selon les principes de la double évaluation anonyme par des pairs. Nous efforçant de répondre aux exigences de la bibliométrie, nous travaillons à nous assurer une reconnaissance par ce biais.
Chaque numéro sera axé autour d’une thématique ou d’une problématique particulière afin de permettre des approches croisées. Scientifiques dans leur forme, les articles seront néanmoins accessibles aussi à un public de lecteurs avertis.
A côté de la question centrale posée par chaque numéro, des contributions libres pourront être proposées.

Rédacteurs
  • Ivan Arickx
  • Sara Buekens
  • Tara Collington
  • Hannes De Vriese
Coché Soumissions actives Coché Indexé Coché Évalué par les pairs

Entretien

Propose une interview menée par un spécialiste attentif aux problématiques que les journalistes littéraires délaissent d’ordinaire.

Rédacteurs
  • Ivan Arickx
  • Tara Collington
  • Hannes De Vriese
  • Vanessa Doriott Anderson
Décoché Soumissions actives Coché Indexé Décoché Évalué par les pairs

Correspondance

Invite un écrivain ou un universitaire à s’adresser à un (autre) écrivain en recourant à la forme de la correspondance. L’échange écrit permet de développer plus longuement que dans l’interview une question spécifique. Un écrivain pourrait aussi y interroger un universitaire sur ses pratiques critiques.

Rédacteurs
  • Ivan Arickx
  • Hannes De Vriese
Décoché Soumissions actives Coché Indexé Décoché Évalué par les pairs

Carte blanche

Donne librement la parole à un auteur pour s’exprimer par écrit, mais aussi par l’image ou le son.

Rédacteurs
  • Ivan Arickx
  • Hannes De Vriese
Décoché Soumissions actives Décoché Indexé Décoché Évalué par les pairs

(Re)Lire

Quelle est la mémoire possible de la littérature d'aujourd'hui?

Rédacteurs
  • Ivan Arickx
  • Tara Collington
  • Hannes De Vriese
  • Vanessa Doriott Anderson
Décoché Soumissions actives Décoché Indexé Décoché Évalué par les pairs

Etudes16

Coché Soumissions actives Coché Indexé Coché Évalué par les pairs
 

Processus d'évaluation par les pairs

Toutes les études sont publiées sur la recommandation d'un comité de rédaction dans le cadre des principes de l'évaluation en double aveugle par les pairs.

 

Périodicité

Les articles doivent nous parvenir

  • avant le 1er décembre (numéro du 15 juin)
  • ou avant le 1er juin (numéro du 15 décembre).

 

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